L'Eglise en pays de Brest
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Pierre et Claudine Avril, couple mixte

"Pourvu que l'on soit dans l'amour..."

Il est catholique, elle est protestante, et aux yeux de beaucoup leurs pratiques pourraient sembler peu "orthodoxes". Pierre et Claudine Avril font partie de ces couples mixtes qui œuvrent activement au développement de l'œcuménisme. Entre portrait et points de vue.

De leur maison située sur les hauteurs de Morlaix, Pierre et Claudine Avril dominent la ville et son viaduc. Un pont jeté entre deux collines est tout un symbole pour ces jeunes retraités qui se sont unis devant Dieu voici 11 ans. L'ancien militaire est en effet catholique, l'ex-assistante sociale, membre de l'Église réformée de France.

Couple catholique et protestant, Pierre et Claudine Avril se sont naturellement investis dans l'œcuménisme.

Tout en servant un bon café, Claudine raconte : "Si le berceau de ma famille est situé dans la région de Nîmes, je suis installée en Finistère depuis une vingtaine d'années. Je suis issue d'une famille protestante. À 16 ans, je participais déjà aux activités d'un groupe œcuménique. Mon parcours a aussi été marqué par une recherche personnelle qui s'est notamment traduite par des séjours à Taizé. À mon arrivée en terre bretonne, je me suis fortement impliquée dans l'Église réformée. Nous n'avons qu'un pasteur pour tout le département et je fais partie de ces prédicateurs laïcs qui assument un culte à Brest ou à Quimper environ une fois par mois. De son côté, Pierre, Finistérien pur souche, catholique pratiquant, n'hésite pas à donner le coup de main au Carmel et à diverses associations."

Nous n'avons rencontré aucun obstacle

Malgré leurs différences, ni l'un ni l'autre n'ont éprouvé la moindre hésitation à se marier : "Pourvu que l'on soit dans l'amour", commente Claudine. "Notre mariage a été célébré au Carmel de Morlaix par un prêtre catholique. Le prêche a été prononcé par un pasteur. Nous n'avons rencontré aucun obstacle sur notre chemin. Nos familles nous soutenaient. J'ai seulement appris l'an dernier que les mariages mixtes nécessitaient l'accord des autorités ecclésiastiques. Certainement avons-nous reçu cet accord par l'intermédiaire d'un prêtre de Morlaix. Pour notre part, nous n'avions fait que rédiger un projet de vie. Mais il est vrai que nous n'étions plus en âge d'avoir des enfants, cela a dû faciliter les choses."

Aujourd'hui, le couple s'est tout naturellement investi dans un groupe œcuménique créé voici trois ans à Morlaix. "Nous sommes une quinzaine à nous retrouver trois ou quatre fois par an. Sont présents des catholiques, quelques membres de l'Église réformée, un pasteur baptiste et un autre de l'Église évangélique. Notre groupe nous permet d'échanger sur des thèmes bien précis et de nous tenir au courant des activités de chacun."
Pourtant, l'œcuménisme, ce n'est pas seulement trois fois par an mais au quotidien que le couple Avril le vit à sa manière.

Lorsque les frontières se franchissent

Il est étonnant d'entendre Pierre et Claudine raconter la manière dont ils vivent leur foi, ensemble ou séparément. S'ils participent tous deux à des groupes bibliques, "Entre nous, il n'existe aucune volonté de prosélytisme. Cela fait par exemple très peu de temps que j'ai découvert que Pierre priait le chapelet."

Généralement, ils disent ne pas prier ensemble, sauf lorsqu'ils se retrouvent le dimanche au temple protestant ou assistent à la messe au Carmel. Pierre n'a pas de scrupule à participer à la Cène protestante et Claudine aimerait pouvoir communier plus souvent qu'elle ne le fait lors des célébrations. Alors, dans la vie du couple, les frontières peuvent avoir tendance à disparaître, "même si je sais qu'il existe des différences profondes et que bien des croyances ne me conviennent pas vraiment dans la religion catholique", précise Claudine. Ce à quoi Pierre réplique : "Oui, mais ne nous bloquons pas sur les différences. Après tout, nous sommes tous les deux chrétiens, c'est la même religion. Ce sont nos confessions qui sont différentes".
Qui a dit que l'unité était un long chemin ?

H.B.

Ce témoignage est publié dans Eglise en Finistère