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Le jubilé d'or de Mgr Guillon

Être prêtre, "ça vaut vraiment le coup"

Le 5 mai 1957, Mgr Clément Guillon était ordonné prêtre par Mgr Clément Roques, archevêque de Rennes, en la chapelle du collège Saint-Sauveur de Redon. À l'occasion de son jubilé d'or, l'évêque de Quimper et Léon revient sur son parcours.

Église en Finistère : Dans votre récente lettre pastorale, vous évoquez votre vocation en ces termes : "À un moment décisif de ma vie, l'Esprit Saint m'a ouvert l'esprit et le cœur, de telle sorte que j'ai entendu l'appel que Dieu m'adressait." Vous serait-il possible de nous en dire davantage à propos de cet "appel" ?

Mgr Guillon : C'est à l'occasion d'une retraite, alors que j'étais en classe terminale, que j'ai entendu cet appel. Il était présent depuis longtemps déjà, mais de manière très discrète, et je ne faisais pas beaucoup d'efforts pour l'entendre. Ma réaction spontanée était plutôt de l'écarter. Le climat de réflexion et de prière de la retraite, ainsi que plusieurs conversations avec un prêtre m'ont rendu plus réceptif. Et l'Esprit Saint a fait le reste : il m'a vraiment ouvert l'esprit et le cœur.

J'ai reconnu de manière très claire que Dieu m'invitait à devenir prêtre. J'ai dit oui, et je ne l'ai jamais regretté. Je considère que cette rencontre entre la lumière de l'Esprit Saint et la liberté du jeune homme que j'étais a été une grâce merveilleuse, dont je ne pourrai jamais assez remercier Dieu.

É. F. : Quels souvenirs gardez-vous du 5 mai 1957, jour de votre ordination ?

Mgr Guillon : Une journée assez remplie, durant laquelle il faut penser à beaucoup de détails. Je puis dire la même chose du lendemain, jour de ma première messe. C'est au cours des jours suivants que j'ai pris conscience progressivement du lien nouveau que l'ordination presbytérale venait d'établir entre le Christ et moi. Mon rythme de vie n'a pas changé immédiatement car j'avais d'abord à terminer une année d'études théologiques ; c'est quelques semaines plus tard que j'ai commencé à exercer le ministère de prêtre.

É. F. : Dans votre lettre pastorale, vous écrivez également : "Je puis témoigner que 'ça vaut vraiment le coup d'être prêtre'." Pourriez-vous nous dire ce qui "vaut le coup" ?

Mgr Guillon : Un prêtre est constamment stimulé à vivre en contact avec le Seigneur, à se préoccuper de lui. Ainsi sa vie peut être profondément unifiée. Pour ma part, chaque matin, dès le réveil, je pense à l'Eucharistie que je vais célébrer, à tel moment de prière qui va se présenter ou que je vais tâcher de trouver… Il me semble que ce qui, objectivement, compte le plus dans ma vie, ma relation avec Dieu, a effectivement dans mes pensées et mes préoccupations une place importante.
Par ailleurs le ministère du prêtre, quelle que soit sa forme particulière, met en contact avec toutes sortes de personnes ; souvent - pas toujours, bien sûr - ce contact porte sur des aspects de l'existence humaine qui ne sont pas superficiels. Il arrive qu'on soit témoin de croissances spirituelles étonnantes : des personnes qui rencontrent Dieu, qui se laissent accrocher par lui, dont la vie se trouve alors profondément rénovée, qui en même temps découvrent l'importance du service des autres et s'y donnent vraiment.


Chaque matin, dès le réveil, je pense à l'Eucharistie que je vais célébrer.

É. F. : Vous avez exercé des fonctions avec de grandes responsabilités, en tant que supérieur général des Eudistes, en tant qu'évêque... De telles charges modifient-elles la vision que l'on peut avoir de sa vocation ?

Mgr Guillon : Je ne crois pas que l'exercice de ces responsabilités ait vraiment modifié ma vision de la prêtrise. Pour moi, être prêtre c'est mettre sa personne à la disposition du Christ pour lui permettre de continuer - ou plus précisément de rendre actuelle - à tout moment et en tout lieu, sa mission de Pasteur, qui annonce et accomplit le salut offert par le Père.

Au début de 1971 j'ai été élu supérieur général de la Congrégation des Eudistes, fondée en 1643 par saint Jean Eudes, et cette élection a été renouvelée 6 ans après. Pendant 12 années j'ai consacré une partie importante de mon temps, en Amérique du Nord, en Amérique Latine, en Afrique et aussi en France, à des rencontres personnelles ou en groupes avec les membres de la Congrégation, qui étaient environ 500. J'essayais de bien comprendre ce qu'ils vivaient, leurs difficultés et leurs joies. Je m'efforçais, dans le dialogue avec chacun d'eux, de l'aider à reconnaître ce qui est vraiment essentiel dans la mission et dans la vie du prêtre : la relation personnelle avec le Christ pasteur et serviteur. J'évoquais assez souvent l'enseignement et le témoignage de saint Jean Eudes, qui a toujours eu un grand souci d'aider les prêtres à être vraiment prêtres. J'ai conscience d'avoir beaucoup reçu à travers ces contacts.

Le ministère du prêtre, quelle que soit sa forme particulière, met en contact avec toutes sortes de personnes.

Devenu évêque en 1988 j'ai fait l'expérience d'une responsabilité différente, essentielle pour la vie et la mission de l'Église : faire partie du collège des successeurs des apôtres et être le pasteur d'une Église diocésaine. Il s'agit alors de veiller sur toutes les composantes de cette Église : les communautés territoriales ; les mouvements apostoliques, spirituels, caritatifs ; les services comme la liturgie, la communication, etc. L'évêque doit être le pasteur de tous : enfants, jeunes, adultes ; laïcs, personnes consacrées, ministres ordonnés. Ce qui n'empêche pas qu'un lien spécial l'unit à l'ensemble des prêtres, le "presbyterium" comme on dit. Lien spécial qui débouche sur une préoccupation constante : comment chercher, avec les prêtres eux-mêmes, le chemin d'une vraie fidélité à la mission que le Christ leur a confiée, fidélité profondément enracinée dans l'Évangile et largement ouverte sur la vie des hommes et des femmes d'aujourd'hui.

É. F. : Être prêtre aujourd'hui ou il y a 50 ans, pensez-vous qu'il existe des différences fondamentales ?

Mgr Guillon : Dans la logique de ce qui précède, je dirai que les différences ne portent pas sur l'identité du prêtre, mais plutôt sur sa relation avec les laïcs, hommes et femmes, qui ont aujourd'hui à remplir des missions beaucoup plus importantes qu'autrefois, qui en sont capables, qui acceptent volontiers de s'y préparer et qui sont prêts à donner de leur temps et de leur énergie pour le service de l'Évangile. Par ailleurs il me semble plus clair aujourd'hui qu'autrefois qu'une des exigences de la vie du prêtre est le discernement dans la conduite de sa propre vie : reconnaître, jour après jour, à quoi, concrètement, le Christ l'appelle. Le discernement peut prendre diverses formes. Il se fait toujours, d'une manière ou d'une autre, en équipe, et donc en Église.
Aujourd'hui une Église diocésaine comme la nôtre est amenée à vivre et à exercer sa mission avec moins de prêtres qu'autrefois. Mais elle aura toujours besoin de prêtres, et je souhaite beaucoup que les jeunes d'aujourd'hui soient sensibles à ce besoin.

É. F. : Bientôt viendra pour vous l'heure de la retraite. De quelle manière continuerez-vous à exercer votre ministère ?

Mgr Guillon : Il est probable que mes confrères Eudistes feront appel à ma collaboration pour diverses missions qu'ils accomplissent, par exemple l'animation spirituelle, la prédication de retraites ou de récollections.
Par ailleurs, là où je serai il y aura sans doute des services à assurer qui relèvent de la pastorale ordinaire : préparation et célébration des sacrements, accompagnement de tel ou tel groupe. Je prendrai volontiers ma part de ces services… Tout au moins j'essaierai.

 

Ce témoignage est publié dans Eglise en Finistère