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Un fléau nommé "soja"

Marcella Zub Centeno, partenaire du CCFD

Avocate et partenaire paraguayenne du Comité catholique contre la faim et pour le développement, Marcella Zub Centeno est venue au mois de mars en Finistère pour rendre compte de l'une des réalités préoccupantes de son pays... La nouvelle culture intensive du soja continue de provoquer déforestation, pollution et expulsion des populations.

Pour sa nouvelle campagne de carême, le Comité catholique contre la faim et pour le développement a lancé un thème de sensibilisation sur "le sens du développement". Dans le même temps, en France, une quarantaine de ses partenaires étrangers sont intervenus. Parmi ces acteurs de terrain se trouvait Marcella Zub Centeno, une jeune avocate paraguayenne.

Durant une semaine, en Finistère, elle a proposé une réflexion sur nos modes de vie et leur impact sur les populations des pays pauvres. À seulement 25 ans, la jeune femme compte déjà plusieurs années d'engagement social : "Durant mes études, j'étais bénévole au sein d'organismes sociaux. Depuis deux ans, je travaille en tant qu'avocate pour la Coordination des droits de l'homme au Paraguay (Codehupy), explique-t-elle. La Codehupy regroupe 39 ONG et mouvements impliqués dans les questions des droits de l'homme au Paraguay. Le droit est notre arme." "Par la voie juridique, nous défendons les personnes victimes de violence, d'emprisonnement, de fumigation, d'exécution ou de torture."Beaucoup de conflits existants sont liés à l'extrême inégalité de la répartition des terres et à la nouvelle culture intensive du soja. "Afin de renforcer la conscience citoyenne, depuis 13 ans, nous présentons des rapports sur les droits de l'homme, le dernier rapport, Chocokue ('paysan'), faisait état de 77 exécutions dans le pays entre 1999 et 2005."
Marcella Zub Centeno, partenaire et témoin du CCFD, est aussi intervenue auprès de jeunes finistériens pour les sensibiliser à la question du respect des droits de l'Homme.  

Le soja ? Basta !

Marcella Zub Centeno tient à alerter l'opinion sur les conséquences tragiques de la monoculture d'un soja à 90 % transgénique, modèle expansif implanté au Paraguay en 1999. "Le Paraguay détenait déjà un triste record, celui de la plus mauvaise répartition des terres au monde. 1 % de la population détient 77 % des terres du pays. Or actuellement, du fait de l'implantation massive de la culture du soja, des surfaces immenses sont achetées par nos voisins brésiliens et par des multinationales dont on ignore même l'origine. Chaque année, des milliers de paysans abandonnent leurs terres sous les menaces d'exécution ou de fumigation."
"Figurez-vous que les zones rurales où le soja a produit le meilleur rendement sont aussi les zones où la pauvreté a le plus augmenté !"

Les chiffres officiels font état d'une augmentation de la pauvreté de 45 %. L'avocate n'y croit pas. "D'après les organismes d'Église ou la commission économique pour l'Amérique latine, ce taux dépasse les 65 % !" Marcella Z. Centeno tire la sonnette d'alarme.

L'Europe en faute

En un an, la production de soja s'est développée sur 400 000 hectares supplémentaires. Pour qui ? Pour l'Union européenne. "Le Paraguay ne consomme pas ce soja. Tout part en direction de l'Europe et passe notamment par des ports comme celui de Brest, précise Marcella. La jeune paraguayenne souhaite que l'opinion publique réalise à quel point les modes de consommation européens se répercutent négativement sur une population tout entière. "Aujourd'hui, les Paraguayens subissent les conséquences économiques, sociales et humaines de ces productions et consommations massives du soja. À l'avenir, ce sont les Européens qui auront peut-être à en subir les conséquences sur le plan de leur santé."
Pourtant, l'exportation va grandissante. Des ports et des routes s'implantent sur les terres paraguayennes, sans que soient nullement respectés les réserves naturelles ou les droits des communautés paysannes. "Certes, le PIB augmente mais la pauvreté croît tout autant. La concentration de la richesse ne fait que s'accentuer." Le modèle économique imposé aux pays du Sud, "un modèle de pseudo-développement", se révèle catastrophique. "Ce que je vais dire pourra choquer, mais il s'agit là, en fait, d'une nouvelle forme de colonisation."

Marie Bontonnou

 

Ce témoignage est publié dans Eglise en Finistère