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Maison Charles-de-Foucauld

"Si Dieu m'appelle"

Entreront-ils au séminaire l'an prochain ? Dix jeunes gens, âgés de 18 à 28 ans, suivent actuellement une année de fondation spirituelle à la Maison Charles-de-Foucauld, en Ille-et-Vilaine. Cette Maison a été créée voici deux ans par les évêques de la province ecclésiastique de Rennes afin de répondre aux besoins des jeunes qui se sentent appelés au sacerdoce. Commune de Saint-Pern, 6 avril 2009… Reportage !

"Bienvenue sur le site de la Maison Charles-de-Foucauld, année de fondation spirituelle des diocèses de la province de Rennes… Une année de fondation spirituelle ! Hum ! ça veut dire quoi ? Ça veut dire que tu montes dans un ascenseur dans l’espoir d’aller au premier étage et qu’en fait il te descend au sous-sol… Pour aller visiter les fondations… Tu piges ? Il s'agit d'une année pour se poser, se poser les bonnes questions et les poser au Bon Maître."

C'est ainsi que les résidents de la Maison Charles-de-Foucauld répondent aux questions des internautes. Sans détour. "Il faut être un peu fonceur quand on a 20 ans, c'est bien", commente avec le sourire le père Olivier Roy.
Mais laissons au supérieur de la Maison le soin de reprendre les explications : "À Saint-Pern, au sein de la maison mère de la congrégation des Petites Sœurs des Pauvres, vivent cette année dix garçons. L'an dernier, au lancement de cette initiative, ils étaient neuf. La vocation de ce lieu est d'offrir à qui envisage d'être prêtre un solide enracinement dans le Christ. Un jeune homme se posant la question du sacerdoce doit y trouver les moyens de devenir un vrai disciple de Jésus, d’approfondir son amitié avec lui de façon stable... La finalité est donc clairement de fonder sa vie sur le Christ afin de pouvoir faire, par la suite, un choix libre... Personnellement, je m'occupe de ces jeunes en compagnie de trois autres prêtres : Mgr Marcus et le père Tenailleau (également aumôniers des religieuses), et le père Denis Bourget, responsable du service des vocations du diocèse de Nantes."
En septembre 2008, sept anciens résidents de la Maison sont entrés au séminaire.

Promotion "Jeanne-Jugan"

Tout n'a pourtant pas été facile au début. Le père Olivier Roy, auquel a été confiée en 2007 la mission de diriger cette année particulière, a dû bâtir un projet en quelques mois : "Les responsables des services diocésains des vocations ont écrit une lettre aux évêques en octobre 2006. Ils leur faisaient part de l'urgence d'ouvrir une telle année pour l'ensemble de notre province [une année de propédeutique venait d'ouvrir dans le Morbihan, mais elle concernait plus spécifiquement les jeunes du diocèse de Vannes]. Leur appel a été entendu et le décret de fondation de la Maison a été publié en juin 2007.
Pour ma part, j'avais déjà commencé à visiter d'autres établissements de ce type afin de construire un projet solide. Je me suis beaucoup inspiré de ce qui se vivait à la Maison Saint-Augustin, fondée à Paris par Mgr Lustiger (en 1984). Nous offrons à ces jeunes des temps de formation, d'étude et de méditation de l'Écriture Sainte, des temps de prière personnelle et communautaire avec, à leur sommet, la célébration quotidienne de l'eucharistie. Une fois par semaine, tous se mettent aussi au service des personnes malades ou démunies, dans des hôpitaux, au sein du Secours catholique..."

La première promotion de la Maison a été baptisée "année Jean-Marie Lustiger." La deuxième, quant à elle, porte le nom de "Jeanne-Jugan".

"Je pense évidemment à la vie sacerdotale, sinon je ne serais pas là. Mais je ne me demande pas constamment si je serais prêtre ou non ?"

"Mes parents n'ont pas compris ma démarche"

Josselin, Pascual et Samuel expliquent : "En début d'année nous avons appris que Jeanne Jugan (1792 – 1879) devait être canonisée [Elle le sera le 7 octobre 2009]. Nous vivons dans une aile des bâtiments que la fondatrice de la congrégation des Petites Sœurs des Pauvres a fait construire. Nous ne pouvions pas faire autrement que de nous placer sous son patronage."
Au sein de ce grand domaine vivent aujourd'hui une centaine de religieuses. Le parc est magnifique ! Dans la chapelle construite en 1868, la crypte renferme le tombeau de la future sainte.
Et c'est donc en ce lieu que résident également les dix jeunes gens. Deux d'entre eux sont originaires du diocèse de Luçon. Trois viennent du diocèse de Nantes, un autre de celui de Coutances. Pascual et Samuel sont Finistériens, Antoine est Morbihannais... Josselin, 28 ans, est du diocèse de Chartres. "À Paris, il n'y avait plus de place à la Maison Saint-Augustin. Mon évêque a jugé que l'air de la campagne me ferait du bien", commente-t-il avec humour (il faut dire que Josselin est issu du monde agricole).
Parmi les jeunes présents, certains ont le Bac, d'autres ont suivi des études d'infirmier ou d'ingénieur. "Dans la promotion Jeanne-Jugan, plusieurs ont déjà exercé une activité professionnelle, précise le supérieur... Les uns se posent la question de la vocation sacerdotale depuis qu'ils sont enfants, d'autres ont reçu un appel beaucoup plus tardif... La plupart de ces garçons viennent de familles où la foi est bien ancrée, mais ce n'est pas toujours le cas... Certains doivent d'ailleurs faire face à l'incompréhension des leurs." "Mes parents n'ont pas compris ma démarche. Heureusement que cette année est financièrement prise en charge par nos diocèses, confie l'un des dix. Je ne sais pas comment j'aurais pu faire autrement."

Et trente jours de silence

Lundi 6 avril. Il est un peu plus de midi. Dans l'oratoire de la petite communauté, c'est l'heure de la messe. Durant l'élévation, certains restent debout, d'autres sont à genoux. Diverses sensibilités sont ici représentées.
Le repas est ensuite pris au réfectoire. Ce sont les religieuses qui le préparent. Les résidents sont ensuite chargés de débarrasser la salle et de faire la vaisselle. "Toutes les semaines, on nettoie aussi nos locaux..."
Mais quel est l'emploi du temps d'une journée type à Charles-de-Foucauld ? Petit-déjeuner pris en silence à 7 h 15, laudes à 7 h 45, une demi-heure d'oraison, une heure de lecture de la Bible, cours, messe, repas. L'après-midi, les résidents disposent de deux heures de temps personnel (étude, prière...). Ces deux heures sont suivies d'activités sportives ou manuelles. Vêpres à 17 h 45 avec les sœurs, dîner, activités variées (chaque lundi soir, des prêtres viennent par exemple apporter leur témoignage), complies à 22 heures, grand silence.
Le père Olivier Roy poursuit : "Le mercredi, les jeunes se rendent donc à Rennes pour exercer diverses activités caritatives. Ils ne rentrent qu'une fois pas mois dans leur famille. Les autres week-ends, nous les passons à découvrir la vie des diocèses. Nous participons aussi à diverses manifestations et célébrations (appel décisif des catéchumènes, pèlerinage des étudiants au Mont-Saint-Michel...).
Dans l'année, il existe deux temps forts : le premier est un mois de stage appelé 'expériment de pauvreté', vécu au service des personnes handicapées des communautés de l'Arche, au service des jeunes défavorisés des banlieues... Le second est une retraite de Saint-Ignace de 30 jours. Cette retraite, placée presque en fin de parcours, permet à chacun de mieux discerner ce à quoi il est appelé et de décider en toute liberté de s'inscrire ou non au séminaire."

Erwan a franchi le pas

Erwan a franchi le pas en septembre dernier. Il est l'un des cinq Finistériens présents au séminaire Saint-Yves, à Rennes. "Peu à peu, cette année de fondement spirituel tend à devenir obligatoire pour entrer au séminaire... Ce temps passé à Saint-Pern m'a donné un équilibre de vie et m'a permis de m'initier à la prière liturgique, à l'oraison. Accessoirement (sourire), je m'y suis aussi découvert une passion pour l'ébénisterie."

Pour sa part, Samuel doit encore passer quelques mois à la Maison Charles-de-Foucauld. Il est serein. "Je pense évidemment à la vie sacerdotale, sinon je ne serais pas là. Mais je ne me demande pas constamment si je serai prêtre ou non ? Pour l'instant, je vis une année formidable, au jour le jour. Le père Roy nous le dit souvent : 'Il faut apprendre à être disciple avant de devenir apôtre.' Alors j'apprends à être disciple. Quoi qu'il arrive, cela me servira toute ma vie. Après, on verra... Si Dieu m'appelle."

Hervé Bodin

Repères : les vocations en France
Les ordinations : 101 ordinations de prêtres diocésains en 2007 ; 32 ordinations presbytérales de religieux ; 121 ordinations de diacres permanents.
Devenir prêtre diocésain (2008 – 2009) : 741 séminaristes en formation en 2008 (non compris les propédeutiques).
Devenir religieux (2007 – 2008) : 96 novices (dont 38 moines) ; 156 professions temporaires ; 55 professions perpétuelles.
Devenir religieuse apostolique (2007 – 2008) : 71 novices françaises ; 106 novices étrangères.
Devenir moniale (2008 – 2009) : 172 professes temporaires ; 66 novices ; 68 postulantes.

Sources : Service national des vocations.

Ce "coup de projecteur" est publié dans Eglise en Finistère