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Les 50 ans de l'encyclique Fidei Donum

"Ils ont transmis ce qu'ils ont reçu !"

Le 21 avril 1957, l'encyclique Fidei Donum (le don de la foi) lançait un vibrant appel aux Églises diocésaines du Nord afin qu'elles envoient des prêtres et des laïcs pour aider les Églises du Sud à grandir. Plusieurs milliers de prêtres, de religieuses et de laïcs répondirent à cet appel. Après 50 ans, l'encyclique de Pie XII résonne toujours au cœur des chrétiens.

"L'expansion de l'Église en Afrique au cours de ces dernières décades est pour les chrétiens un sujet de joie et de fierté", écrit Pie XII au début de l'encyclique Fidei Donum qu'il publie le jour de Pâques de l'année 1957. Dans cet écrit, le pape se montre pourtant préoccupé : il se rend compte de l'ampleur de la tâche qu'il reste à accomplir à l'Église sur ce vaste continent africain ; à la fin des années 50, le mouvement de décolonisation est également en marche et il craint, pour l'avenir de nouveaux pays indépendants, une trop grande influence des idéologies marxistes, nationalistes ou libérales. C'est dans ce contexte particulièr que Pie XII demande aux évêques d'inciter prêtres et laïcs à donner quelques années de leur vie afin de partir en mission en terre africaine (en 1961, le pape Jean XXIII étendra cet appel à l'Amérique latine). Dans la genèse de Fidei Donum, il existe cependant un autre aspect qu'il est impossible d'occulter. Mgr Olivier de Berranger, président du comité épiscopal de la Mission universelle, relève cet aspect dans un article paru dans le numéro 154 de Mission d'Église : "Pie XII était travaillé jusqu'à l'angoisse par une véritable hantise apostolique face à l'immense portion d'humanité qui n'a pas été atteinte par la Bonne Nouvelle. Une hantise qui ne s'explique pas seulement à partir de motifs d'ordre psychologique ou géopolitique. Elle est en correspondance, chez Pie XII, avec son sens intime du don de la foi. Ses ressorts sont d'ordre mystique... Sa vision d'une Église, Corps dont le Christ est la tête, remonte à saint Paul, mais c'est saint Augustin qui, le premier, en a développé la portée universelle : 'si tu veux aimer le Christ, étends la charité par toute la terre, car les membres du Christ sont sur la terre entière'." Cette vision de l'Église incite donc Pie XII à publier une encyclique qui généra un nouvel élan missionnaire.

L'envol !

"Ordonné diacre en juin 1958, j'ai été appelé à prêcher pour la première fois le dimanche des missions, à Quimper, témoigne le père Jean Ladan. Le prêtre qui m'a aidé à préparer cette prédication m'a suggéré de lire une encyclique de Pie XII (Fidei Donum). Je me suis senti interpellé. J'en fis part à Mgr Fauvel... Quelques années plus tard, je fus invité à rejoindre le diocèse chilien de Talca." Jean Ladan restera vingt ans au Chili (1967 - 1987). De 1959 à nos jours, 34 autres prêtres finistériens ont répondu à un même appel. Ils se sont alors envolés, pour des séjours plus ou moins longs, à destination de l'Afrique, de l'Amérique du Sud ou de l'Asie... Sur place, ils ont enseigné, se sont occupés de mouvements d'action catholique ou ont exercé leur ministère en paroisse. Comme eux, plus de 1300 prêtres français sont partis sur d'autres continents depuis 1957, principalement en Afrique et en Amérique latine. Il convient cependant de ne pas oublier que Fidei Donum a également trouvé un formidable écho auprès des congrégations religieuses. En quelques années (avant 1965), pas moins de 182 congrégations féminines françaises, qui n'étaient jusque-là jamais sorties de leur pays, ont décidé de fonder des communautés à travers le monde. Très tôt, de jeunes laïcs se sont eux aussi engagés pour un temps de coopération auprès des jeunes Églises (la Délégation catholique pour la coopération est créée par la conférence des évêques de France en 1967). Et les nouveaux missionnaires ont agi !

Ils étaient Fidei Donum

Les Finistériens Joseph Ramoné (de 1969 à 1974 au Cameroun), Pierre Jaouen (de 1991 à 1997 au Mali), Yves Saoût (de 1967 à 1985 au Cameroun) ou Jean Ladan (Chili) témoignent volontiers de leur expérience de prêtres "Fidei Donum".
Le premier a été nommé vicaire d'une paroisse de Yaoundé et était au service des jeunes de la jeunesse agricole chrétienne. Le deuxième, à Bamako, a été l'aumônier de plusieurs mouvements (jeunesse étudiante chrétienne, joc, mouvement des travailleurs croyants) et s'est occupé de l'aide au développement ainsi que de groupes d'alphabétisation.
Yves Saoût a enseigné trois ans au séminaire de Yaoundé avant de prendre en charge, pendant 15 ans, une paroisse du Nord-Cameroun, dans le diocèse de Maroua.
Au Chili, Jean Ladan a pendant 20 ans exercé divers ministères : accompagnement de la joc, responsabilités en paroisse, puis accompagnement des responsables des communautés ecclésiales de base.

Comme 34 autres prêtres Finistériens, Yves Saoût a été prêtre "Fidei Donum".
De 1970 à 1985, il a exercé son ministère au Cameroun, dans le diocèse de Maroua.


Si tous quatre ont partagé le souci constant de l'annonce et du partage de l'Évangile, leurs expériences furent néanmoins très diverses. Ils ont connu la joie des échanges, des rapports fraternels (parfois un peu moins) avec leur évêque et le clergé des lieux. Ils ont dû apprendre de nouvelles langues, comme l'ewondo ou le mafa, au Cameroun. Il leur est même arrivé de traverser des coups d'état ou des révolutions.
Après leur retour, ils ont tous maintenu des contacts avec les personnes rencontrées "là-bas" et se sont engagés dans diverses activités ou associations en lien avec l'étranger. Yves Saoût continue de passer quatre mois de l'année dans une paroisse d'un autre continent, en Bolivie. "On ne peut revenir indemne d'un tel dépaysement", commente pour sa part Jean Ladan. Comme ses trois confrères "Fidei Donum", il avoue que le retour en France fut assez difficile. "Il s'agissait d'un nouveau dépaysement." En Bretagne, les quatre prêtres semblent avoir rencontré des difficultés à partager avec leurs confrères le fruit de leur expérience. Le regard qu'ils portaient sur la société européenne, sur l'Église, avait lui aussi changé. Il est vrai que, face aux injustices dont ils avaient été les témoins durant des années, la plupart avaient été sensibilisés à certains aspects de la théologie de la libération. "Notre vision de l'Église était en tout cas devenue davantage universelle."

Et la mission continue !

L'universalité de l'Église ! Les prêtres, les religieux, les laïcs partis à l'étranger suite à l'appel de Pie XII semblent bien en avoir été les témoins durant cinquante années. Aujourd'hui encore, 2253 religieuses et 160 prêtres "Fidei Donum" français œuvrent à travers le monde.
Jean-Pierre Henry a quitté le Finistère en 1998 et exerce actuellement son ministère à Cuba, dans le diocèse de Guantanamo. "C'est passionnant de faire découvrir l'Évangile à un peuple qui en a été privé pendant plus de 49 ans et qui souffre autant spirituellement que matériellement", écrivait-il encore récemment.
Jean-Pierre Henry est le dernier prêtre finistérien à être parti en tant que "Fidei Donum". Aujourd'hui, pourtant, l'esprit missionnaire insufflé par l'encyclique de Pie XII n'a rien perdu de son actualité. En France, en 2006, on comptait la présence de plus de 4300 religieuses et de mille prêtres étrangers (deux prêtres malgaches exercent leur ministère en Finistère). Et cest hommes et ces femmes, à leur tour, transmettent... ce qu'ils ont reçu.

H.B.

Ce "coup de projecteur" est publié dans Eglise en Finistère